HYPERACTIVITE VESICALE IDIOPATHIQUE

Hyperactivité vésicale idiopathique

« la rééducation périnéo-sphinctérienne fonctionne très bien »

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Alors qu’elle touche 14% de la population française, l’hyperactivité de la vessie non neurologique reste insuffisamment prise en charge. Partant de ce constat, l’Association Française d’Urologie (AFU) a consacré son dernier rapport à cette pathologie dans lequel elle fait le point sur les symptômes, le diagnostic et les nombreux traitements qui ont fait leurs preuves dans cette indication.

Le rapport a été présenté lors du 114ème congrès de l’AFU qui s’est déroulé cette année en virtuel. Les auteurs insistent sur le rôle du médecin généraliste dans le dépistage de l’hyperactivité vésicale, qui n’est pas toujours évoqué par les patients concernés, ce trouble étant souvent vécu comme une honte et une fatalité. Le recours au calendrier mictionnel est présenté comme « un élément clé du diagnostic ».

« Notre objectif est de faire connaître cette maladie taboue, d’autant plus qu’il existe aujourd’hui des traitements efficaces pour pratiquement toutes les hyperactivités vésicales, y compris les plus sévères », a souligné le Pr Xavier Gamé (CHU de Rangueil, Toulouse), co-auteur du rapport.

 
Des répercussions sous-évaluées

 

L’hyperactivité vésicale est provoquée par des contractions involontaires du détrusor, le muscle de la vessie, induisant un besoin urgent d’aller uriner (urgenturie) de manière fréquente, de jour, comme de nuit (nycturie). Elle peut s’accompagner d’une incontinence urinaire. Le rapport de l’AFU est consacré à l’hyperactivité de la vessie idiopathique, d’origine non neurologique.

L’hyperactivité vésicale non neurologique est fréquente puisqu’elle touche 14% de la population française, presque autant les hommes que les femmes. Sa prévalence augmente avec l’âge. Un tiers des plus de 75 ans sont concernés. Pourtant, beaucoup s’abstiennent de consulter, persuadés que ce trouble est une conséquence normale et inéluctable du vieillissement.

« Chez les personnes âgées, avoir une vessie hyperactive et des fuites urinaires est vécu comme une fatalité », a souligné le Pr Véronique Phé (Hôpital La pitié Salpêtrière, AP-HP, Paris), également auteure du rapport, au cours d’une conférence de presse en ligne. La conviction qu’il n’existe pas de moyens de soulager ce trouble renforce également le manque de volonté d’en parler.

Or, l’hyperactivité vésicale peut s’avérer très invalidante, « Son impact est probablement sous-évalué », estime l’urologue, « C’est une maladie chronique avec un retentissement physique, psychologique, social ou économique. C’est la répercussion sur la qualité de vie sont supérieures à celles engendrées par le diabète ou l’hypertension artérielle ».

 

Calendrier mictionnel digital

 

On considère qu’il est normal de se rendre aux toilettes quatre ou cinq fois par jour pour uriner ou de se lever de temps en temps la nuit pour assouvir ce besoin. « Il n’y a pas de seuil » mictionnel pour définir une hyperactivité vésicale, précise le Pr Phé « Dès que la fréquence des mictions diurnes et nocturnes devient gênante, il faut consulter ».

De son côté, le médecin généraliste doit penser à interroger ses patients, estiment les auteurs. Lorsqu’un patient affirme qu’il lui faut souvent trouver des toilettes en urgence, il convient de rechercher une urgenturie, en s’appuyant tout d’abord sur le calendrier mictionnel de trois jours, avant de procéder à une évaluation plus approfondie.

Le calendrier mictionnel permet de rechercher un trouble urinaire en renseignant la fréquence des mictions, la quantité d’urine éliminée ou encore la quantité de boisson absorbée. Développée en collaboration avec l’AFU, une application comportant un calendrier mictionnel digital, baptisée Uroquest, peut être utilisée. Elle est désormais disponible sur les plateformes de téléchargement.

En cas de suspicion d’urgenturie, l’évaluation se poursuit avec un urologue pour « exclure une maladie urologique locale, comme une infection, une tumeur de vessie, un calcul urinaire ou autre pathologie urologique ». Plusieurs tests peuvent alors être effectués (ECBU, cystoscopie, échographie…) pour tenter de « comprendre les mécanismes physiopathologiques et d’orienter la stratégie thérapeutique ».

Si elle est pratiquée avec l’aide d’un professionnel de santé, cette rééducation est associée à une amélioration ou à une guérison de l’urgenturie dans trois-quarts des cas.En renforçant son périnée, « on acquiert de nouveau le réflexe périnéo-détrusorien inhibiteur »,qui permet la contraction du sphincter de la vessie lorsque l’envie d’uriner se fait sentir.

En cas d’échec, un traitement hormonal substitutif peut être proposé chez les femmes ménopausées en privilégiant la voie locale. Parmi les traitements médicamenteux figurent également les anticholinergiques et les bêta-3 agonistes, avec « une efficacité comparable » sur les différents symptômes de l’hyperactivité, a précisé le Pr Gamé.

Lien pour charger le calendrier mictionnel :

https://www.urofrance.org/fileadmin/medias/scores/catalogue-mictionnel.pdf 

Neuromodulation et toxine botulique

Lorsque l’hyperactivité vésicale est réfractaire à ces approches médicamenteuses, il reste encore trois traitements possibles : la stimulation du nerf tibial, la neuromodulation du nerf sacré et les injections de toxine botulique.

La stimulation du nerf tibial est une méthode non invasive, « qui pourrait probablement devenir un traitement de première intention », souligne l’urologue. Les gériatres auraient d’ailleurs tendance à le privilégier. Il consiste à appliquer deux électrodes au niveau de la cheville. A raison de 20 minutes de stimulation par jour, le taux de succès atteint 32 à 87% selon la littérature.

La neuromodulation du nerf sacré implique, en revanche, une intervention chirurgicale pour poser une électrode en contact avec le nerf sacré au niveau du sacrum. La stimulation se fait à l’aide d’un dispositif externe. Si la méthode est satisfaisante, le boitier est implanté sous la peau. Ce traitement améliore l’urgenturie chez 60 à 70% des patients implantés.

 

Enfin, la toxine botulique A (Botox®, Allergan) apparaît comme une alternative à la neuromodulation du nerf sacré ou vient en complément pour les patients insuffisamment soulagés. La toxine est injectée par endoscopie, sous anesthésie locale ou générale, et répartie de manière homogène dans les parois de la vessie, sur 10 à 20 points d’injection.

La toxine botulique est indiquée en deuxième intention pour traiter une hyperactivité idiopathique associée à des symptômes incluant au moins trois épisodes d’incontinence urinaire, avec une urgenturie sur trois jours, et un nombre de miction supérieur ou égal à huit par jour.

La technique est toutefois associée à un risque de rétention, compris entre 5 et 10%, dans les deux mois qui suivent l’injection, ce qui implique de préparer le patient à l’éventualité de la pratique de l’auto-sondage pour pouvoir vidanger sa vessie.

D’autres traitements sont en cours d’évaluation, comme la radiofréquence ou le laser, sensés régénérer le plancher pelvien.


Hyperactivité vésicale idiopathique: « la rééducation périnéo-sphinctérienne fonctionne très bien» - Medscape - 1er déc 2020.

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